Poetry and Visual Arts / Poésie et arts visuels

Poetry and the visual arts / Poésie et arts visuels

The fourth workshop in the series (programme and recordings below) took place on Friday 4 April at Magdalene College, Cambridge, and was followed by a reading and presentation by Philippe Beck of his new book, Opéradiques (Flammarion, 2014) in Benson Hall, Magdalene College, the next day.

Le lendemain du quatrième atelier organisé par le réseau (voir ci-dessous), Philippe Beck a présenté son dernier livre Opéradiques (Flammarion, 2014) à Benson Hall, Magdalene College.

4 April 2014 Programme

Cripps Court, Magdalene College, Cambridge.

9.30-10.00 Arrival, coffee, and welcome

10.00-12.00 Session 1 (Emma Wagstaff)

Philippe Charron (École des hautes études en sciences sociales) ‘Projection, exposition et intention. L’usage de la notion d’“image” comme champ d’action chez quelques auteurs contemporains (D. Arnaudet, Emmanuel Fournier, J. Mauche et Anne Portugal).’

Clive Scott (University of East Anglia) ‘The Sensorium of Literary Translation’

Greg Kerr (University of Glasgow) ‘“Entre voir et vu”: Edmond Jabès and the questioning of the image’

12.00-1.15 Lunch (Cripps Gallery)

1.15-3.15 Session 2 (Nina Parish)

Luigi Magno (università Roma 3) ‘Réalité et poésie comme expériences de(s) surfaces’

Philippe Met (University of Pennsylvania) ‘Variations cinépoétiques sur un titre à venir’

Geneviève Guétemme (université d’Orléans) ‘Jacques Jouet : Poésie et monotype’

3.15-3.45 Tea

3.45-5.15 Session 3 (Michael Kelly)

James Wishart (King’s College, London) ‘Distance optique et remaniements du collage dans les textes critiques de Bâtons, chiffres et lettres de Raymond Queneau.’

Mary Shaw (Rutgers University) and Hugues Azérad (Magdalene College, Cambridge) ‘Prismes, partitions ? Configurations de la voix dans quelques poèmes visuels’

5.15-6.15 Break and viewing of books on display in Cripps Gallery

6.15-7.00 Conversation : Jacques Jouet and Geneviève Guétemme

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Some photos of the books on display in Cripps Gallery including works by Alessandro de Francesco, Geneviève Guètemme,  Jacques Jouet and translations of Henri Michaux into Hungarian published by Editions Bozóthegyi.

005 016 015 010 006 003

 

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Abstracts/Résumés des communications

Philippe Charron, École des hautes études en sciences sociales

‘Projection, exposition et intention. L’usage de la notion d’« image » comme champ d’action chez quelques auteurs contemporains (D. Arnaudet, Emmanuel Fournier, J. Mauche et Anne Portugal).’

Compte tenu du fort taux de méfiance envers toute manifestation de simulacre dans la production poétique française de la deuxième moitié du XXe siècle (C. Royet-Journoud; J.-M. Gleize), il est légitime de remarquer que la notion d’« images » n’a jamais vraiment été abandonnée par les poètes et qu’au contraire, elle connaît une recrudescence depuis les vingt dernières années. Il semble ainsi indiqué de se demander pourquoi les poètes remettent à l’ordre du jour une notion qui transporte avec elle tout un lot de problèmes esthétiques liés au représentationnalisme et au correspondantisme. Mon hypothèse est que la reconduction de la notion d’« image » ne s’exprime pas suivant une régression vers le simulacre et encore moins par la restauration d’une nécessité propre à la poésie, d’une réaffirmation de la force du langage figuré ou par la nostalgie de l’« imagerie poétique », mais est davantage redevable à la qualité « plastique » et vague de ce terme pour expliciter notre comportement symbolique général. Considérer les capacités langagières selon une perspective contextualiste et pragmatiste permet d’appréhender les images autrement que comme un dédoublement du monde ou de l’esprit et peuvent se concevoir comme la mise à plat d’exercices de pensée et d’action où s’opèrent une exposition de la variété d’aspects de notre forme de vie (Wittgenstein), comme une « projection du monde » (Stanley Cavell).

Geneviève Guétemme, université d’Orléans

‘Jacques Jouet : poésie et monotype’

Jacques Jouet est un poète qui recherche les collaborations ou, comme il l’indique lui-même, les ‘fortunes identiques’ – fortunes qui deviennent visuelles lorsqu’il travaille avec un artiste. En 2005 par exemple, il réalise Optitoh, avec Tito Honnegger, une artiste suisse qui pratique le monotype et construit des objets muraux. La même année il s’attelle, toujours avec elle, à Un Enorme exercice (2008) avant de réaliser Paresse (2010) et Montagneaux (2012).Pour Un Enorme exercice les poèmes sont composés in situ et immédiatement dessinés (complètement ou partiellement) par l’artiste. Le poète réagit alors avec d’autres mots, et ainsi de suite. Pour Montagneaux, Tito Honegger et Jacques Jouet sont partis en montagne, l’un avec un carnet de poèmes, l’autre avec son carnet de dessins et ont réagi, chacun à leur manière, aux mêmes paysages du Val d’Herens valaisan. A chaque fois, ils produisent une écriture mêlée qui recherche, nous dit Jacques Jouet, la même certitude avec des poèmes inventés d’un seul trait et des dessins réalisés avec de l’encre d’imprimerie sur plaque de plexiglas puis transférés, une fois et une seule, sur papier japon. Je propose ici d’observer la part du visuel dans une poésie qui énonce le spectacle de l’atelier et des montagnes par contact, par monotypie. L’idée sera, à partir d’Un Enorme exercice et de Montagneaux, de définir cette approche – indicielle et sans repentir – du poétique. Tout cela me permettra d’aborder la langue et le visuel dans leur capacité à donner au travail de création l’épaisseur d’un corps imprimé capable de représenter le dire, le voir, mais aussi le corps de l’écriture elle-même.

Greg Kerr, University of Glasgow

‘“Entre voir et vu”: Edmond Jabès and the questioning of the image’

This paper will focus variously on the poetry of Edmond Jabès and on his Livre des questions and subsequent writings. A feature of Jabès’s writing, which situates itself in an order other than that of being and presence, is that it is oriented towards a set of preoccupations (amongst them, death, the unsayable and the desert) which elude visual representation. In a related fashion, Jabès expresses anxiety about the figurative dimension of the poetic image (as present in surrealist literary practices to which his own youthful poetry is indebted), and reflects on the proscription of image-making in Judaism.

I hope to show that though Jabès would instead strive to make the material properties of language the limit of visual speculation in his later writing, the image returns in these texts, if only to figure its own demise in manifestations of negative being. Thus, the images which are most prominent in these texts are, for instance, circles or suns, both inseparable from an idea of void. In developing these ideas, I will refer to some essays by Jabès on non-figurative artworks by the artists Eduardo Chillida and Jean Degottex.

Luigi Magno, università Roma 3

‘Réalité et poésie comme expériences de(s) surfaces’

Cette communication tentera de présenter quelques points nodaux d’une enquête en cours autour de la notion de surface dans les livres de création de Jean-Marie Gleize. L’écrivain pense les images plastiques comme autant de surfaces ou d’espaces non-représentationnels, de résistance, d’opacité, de circulation, de saisie, voire comme espaces orthogonaux. Compte tenu de ce travail de réduction et de la promotion que le sens de la vue connaît dans certaines pages de ses livres, on se demandera comment fonctionne cet aplatissement et quelles conséquences épistémiques et/ou poétologiques il déclenche. A l’aide aussi de la réflexion philosophique et esthétique – de Berkeley à Deleuze en passant par Dewey – on essaiera de formuler quelques réponses, en guise d’hypothèses ‘jetables’ (Hocquard).

Philippe Met, University of Pennsylvania

‘Variations cinépoétiques sur un titre à venir’

The title of this paper refers both to Jean-Marie Gleize’s Film à venir (itself clearly referencing Blanchot’s Le Livre à venir) and Marie Etienne’s Les yeux fermés, ou les variations Bergman (here again, referencing another work, i.e. Bach and his Goldberg Variations). The former I will not address per se, but the latter will be central to my paper. I also intend to bring in Alferi as well as Véronique Pittolo and Liliane Giraudon as part of my corpus and my analysis of various contemporary configurations of a cine-poetic imaginary.

Clive Scott, University of East Anglia

‘The Sensorium of Literary Translation’

If the task of literary translation is not to interpret a text but to capture the phenomenology of reading, then where, this paper wonders, should translation locate itself between the aesthetic and the experiential, the intermedial and the synaesthetic? In order to answer this question one needs also to ask what mode of relationship between languages translation wishes to install, and in what ways the translational impulse can be said to emerge from the translator. Finding a solution to these various enquiries entails the development of a theory of doodling, and the discovery of translation’s true place in relation to trends in the modern arts.

Mary Shaw, Rutgers University and Hugues Azérad, Magdalene College, Cambridge

Prismes, partitions? Configurations de la voix dans quelques poèmes «visuels»

Certains poèmes qui attirent le regard font un usage très particulier du visible; ils n’ont en fait aucune prétention de saisir ni d’arrêter l’œil sur une belle image; leur but n’est pas de créer par leur dispositif une expérience visuelle esthétique en soi. Loin de vouloir rivaliser avec les arts plastiques (comme Apollinaire déclare le faire dans ses premiers calligrammes, sous le titre Et moi aussi je suis peintre), ou même de dialoguer avec eux sur un pied d’égalité pour produire l’impression d’une œuvre à la fois visuelle et verbale, qui se livre d’un seul tenant (ambition proclamée de Cendrars et Delaunay dans leur célèbre Prose du Transsibérien), un poème qui exploite l’espace de la page, qui joue des variations de la typographie, peut le faire dans le seul but de transcrire au vol et dans leur déroulement des différenciations internes, des espacements intrinsèques à la voix ou aux voix qui surgissent au moment de la composition. Il semble que les auteurs de tels écrits plus manifestement «visibles» que les autres aient paradoxalement recours à des moyens typographiques pour transposer et fixer matériellement sur la page non pas de l’art pour l’œil, mais plutôt des phénomènes invisibles, relevant d’un art d’ordre musical et conceptuel, même si c’est seulement à partir de voix visiblement marquées, différenciées, dans les configurations graphiques du texte, que celui-ci pourra retrouver vie et se réaliser dans l’expérience poétique d’un lecteur. Pourrons-nous conclure que des poèmes de cette sorte, si différents soient-ils, se situent dans la lignée de Mallarmé, pour qui le texte devient, par la lecture oculaire, «subdivisions prismatiques de l’Idée, l’instant de paraître et que dure leur concours, dans quelque mise en scène spirituelle exacte», et révèle sa nature de «partition» à qui entreprend de le lire à haute voix? C’est ce que nous essaierons de faire sentir par la lecture (plutôt que par l’analyse) de quelques fragments tirés de travaux de Claude Mouchard et Mary Shaw, qui placent et espacent très différemment les voix qu’ils entendent et transmettent, mais que rapproche ici un désir de faire entendre l’autre en soi – désir qui se trouve également animer leurs pratiques de la traduction.

James Wishart, Kings College, London

Distance optique et remaniements du collage dans les textes critiques de Bâtons, chiffres et lettres de Raymond Queneau.

Dans un article écrit en 1937, Raymond Queneau constate que l’apprentissage de langues étrangères, dès l’enfance, et la découverte du langage populaire sous sa forme « parlé écrit »[1] dans Les Pieds Nickelés sont à l’origine de l’impression d’une distance optique devant la langue française écrite. Cet effet de distanciation entraîne une réflexion plus large, dans l’ensemble de Bâtons, chiffres et lettres, sur l’écart qui s’est creusé entre le français écrit (codifié au cours du sixième et dix-septième siècles) et la langue orale vivante dont les composantes rythmiques restent, pour Raymond Queneau, une valeur constitutive de la poésie. Ainsi, le trouble typographique fait germer le projet/ hypothèse expérimentale d’une recodification de la langue par la stylisation du français oral.

Cette communication se concentrera sur la façon dont la distance optique resurgit dans l’écriture de Queneau par l’intermédiaire d’un travail de remaniement de différentes sources écrites pouvant rappeler certains collages surréalistes en amont. Nous verrons comment cet effet s’élabore dans le texte à partir d’une altération de notre perception de la typographie de l’écriture : superpositions de langage « parlé écrit » (prélevés de manuels de linguistiques) et passages critiques, insertion de variantes du français en orthographe phonétiques.

Néanmoins, il s’agira aussi de montrer, que l’objectif d’une stylisation du français oral qu’appelle Raymond Queneau implique que les arts-visuels joue un rôle plus large dans ce projet. Le travail sur la graphie de l’écriture est conçu dans Bâtons, chiffres et lettres comme pouvant être augmenté par la peinture, en particulier dans le texte consacré à Juan Miro. La notion de « rythme plastique » (p. 290) développée dans ce texte laisse paraître la place que Queneau veut accorder aux ressources des arts plastiques dans son projet de stylisation du français oral.

 

[1] Queneau, Raymond, Bâtons, chiffres et lettres, p. 14, Paris, Gallimard, 1960.

 

 

 

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